« Ne pas donner Dieu, c’est donner trop peu. »

L'homélie de Mgr Christian Lépine, Archevêque de Montréal à la messe du centenaire de la naissance du serviteur de Dieu, don Luigi Giussani.

Voici les paroles que le Cardinal Ratzinger avait utilisées dans son homélie lors de funérailles de Don Luigi Giussani. Elles reflètent profondément l'expérience de don Giussani. Qu’est-ce ça veut dire « ne pas donner Dieu, c'est donner trop peu » ? Don Giussani a fait l'expérience de sa propre soif d'infini en même temps qu’il a entendu la soif d’infini qui était dans le cœur des jeunes. Cette soif d’infini présente une soif de Dieu, une quête de Dieu, parce que seul Dieu est infini.

C’est à l’âge de 15 ou 16 ans que don Giussani a entendu parler de Jésus Christ à partir du prologue de Saint Jean : « Et le Verbe s'est fait chair ». Lorsque son professeur lui a dit que « le Verbe s’est fait chair, la Beauté infinie s’est faite chair, la Vérité infinie s'est faite chair, la Bonté infinie s'est faite chair », sa soif de Dieu, sa soif d'infini, sa soif de beauté infinie est devenue une soif de Jésus-Christ; parce qu’en Jésus-Christ l'infini est présent. Cet infini est présent non seulement dans le sens où Jésus Christ est Dieu avec nous et pour nous, mais il est aussi présent dans le sens où la soif du cœur humain demeure une soif d'absolu.

La réponse à la soif absolue de tout cœur humain - quels que soient les besoins que l'on puisse ressentir dans notre vie, quels que soient les besoins des jeunes ou des moins jeunes -, c'est Dieu. Dans tout être humain, en tout cœur humain, il y a une soif d'absolu. De façon mystérieuse, pendant cette pandémie, de nombreuses personnes ont découvert que leur soif était une soif de Dieu. On peut avoir soif de beaucoup de choses : on peut avoir soif de bonheur, de succès, de connaissances, de possessions, d'amour, sans nécessairement prendre conscience que cette soif est une soif d'absolu, une soif d'infini.

Don Giussani s’est rendu compte que sa soif était une soif d’infini. Sa soif de beauté était une soif de beauté infinie. À partir du moment où sa soif devient une soif d'infini, seul Dieu peut y répondre. À partir du moment où il découvre que Jésus Christ est l'infini présent, sa soif d'infini devient soif de Jésus Christ.

« Ne pas donner Dieu, c'est donner trop peu » : c'est une phrase importante pour l'Église. L’Église se sent appelée et sollicitée à servir dans le monde : les chrétiens, les mouvements, les diocèses, les paroisses. On se sent interpellé à servir dans le monde, à servir l'être humain, à servir la cause de la vérité, de la bonté, de la beauté auprès de l'être humain. Mais en même temps, l'être humain que l'on veut servir et aider est fait pour plus que ce qu'on peut faire pour lui. Par exemple, je peux donner un verre d'eau à quelqu'un - et c'est important de le faire -, mais en même temps, cette personne est faite pour plus que ce verre d'eau. Je peux aider quelqu'un dans sa solitude, dans sa maladie, dans un sa quête de sens - et il faut le faire, c'est important -, mais en même temps cet autre devant moi, il a besoin de plus que tout ce que je peux faire pour lui. Il a besoin de Dieu, de Jésus-Christ. Ainsi, ne pas donner Dieu, c'est donner trop peu. En fait, donner tout ce qu'on a donné, faire tout ce qu'on peut, c'est trop peu si on ne donne pas Dieu. Cela vient nous interpeller dans notre zèle d'évangélisation. Est-ce que c'est important pour nous comme chrétiens, comme disciples missionnaires (comme dit le pape François), comme mouvement Communion et Libération, comme diocèse, comme prêtre, comme Église de donner Dieu au monde? Ou sommes-nous satisfaits de nos nombreux gestes humains et de générosité pour les autres? Est-ce que c'est important pour nous de donner Dieu au monde ? Parce que ne pas donner Dieu au monde, c'est donner trop peu.

Don Giussani, à travers toute sa vie, n’a pas cessé de parler de l'expérience de la foi. L’expérience de la foi c’est une vie transformée lorsque j'ouvre mon cœur à Jésus Christ. Ma vie est transformée lorsque je crois en Jésus-Christ d'une façon concrète et réelle et que je L’accueille. Je ne peux pas croire en Jésus-Christ sans que ma vie soit transformée. Donner Dieu au monde c'est transformer des vies : des vies de solitude, des vies angoissées, des vies isolées, des vies tristes, des vies éprouvées. C’est important et indispensable d’aider les autres, mais c'est aussi là pour ouvrir des chemins pour donner Dieu. Don Luigi Giussani avait écrit toute sa vie avec cette soif de donner Dieu. Sa soif de Dieu s'est transformée en soif de Jésus Christ lorsqu'il a vu en Jésus Christ le Verbe qui s’est fait chair. Et sa soif de Jésus Christ s'est transformée en soif de donner Jésus Christ. Il ne suffit pas d'avoir soif de Jésus Christ: on est appelés à avoir soif de donner Jésus-Christ et de dire « j'ai trouvé Dieu, j'ai trouvé Jésus Christ ». Il faut avoir soif de donner Jésus-Christ afin de ne pas être le seul à avoir trouvé Dieu. Tout être humain est fait pour Dieu et a besoin de Lui.

En ce 100e anniversaire de la naissance de don Luigi Giussani, nous célébrons une vie traversée par une double soif : la soif de Dieu et la soif de donner Dieu. Nous pouvons certainement le prier pour que notre cœur soit aussi habité par cette double soif et pour que nous fassions l’expérience d’une soit transformée par Jésus-Christ. Don Giussani nous disait sans relâche : « ma vie ne serait pas la même si ce n'était de ma foi en Jésus-Christ ». Voilà pourquoi j'ai soif de donner Jésus-Christ aux autres. Ne pas donner Dieu, c'est donner trop peu, tandis que mais donner Dieu, c'est tout donner. C'est donner ce dont l'humanité a besoin, c'est donner ce dont le monde a besoin, c'est donner ce dont les familles ont besoin, c'est donner ce dont chaque être humain a besoin.

Prions Don Luigi Giussani pour que nos cœurs soient remplis à la fois de la soif du Christ et de la soif de le donner, que cette soif de Jésus-Christ transforme nos vies. Le monde a besoin de voir des personnes dont la vie est transformée par leur foi en Jésus-Christ. Vivre notre foi, c'est déjà donner Jésus-Christ, même sans rien dire. Le monde a besoin de rencontrer des personnes dont la vie a été transformée par Dieu. En ce temps de pandémie - où, en termes bibliques, nous ne savons pas ce que Dieu fait, mais nous savons qu'il est à l'œuvre - nous ne savons pas vers quoi il nous conduit, mais nous savons qu'il prépare un cadeau pour nous et pour l'humanité. En ouvrant nos cœurs - qui seront transformés aujourd'hui par Jésus-Christ afin que nous puissions être dans ce monde frappé par la pandémie, la présence de Dieu qui donne l'espérance afin que l'espérance puisse grandir donnée par Dieu pour donner la joie dans le monde, en ayant nos vies transformées pour apporter la joie autour de nous. La joie est possible. La joie n'est pas quelque chose qui est possible seulement quand il n'y a plus de problèmes. La joie est possible dans la vie que j'ai aujourd'hui, dans le monde dans lequel je suis aujourd'hui si ma vie est transformée par Jésus-Christ.

Laissons-nous donc guider par le témoignage de don Luigi Giussani. Que nos vies soient transformées par le Christ pour que, à travers nous, nous puissions aussi toucher d'autres personnes. Pour que non seulement nous ayons la foi en Jésus-Christ, mais que nous puissions aussi donner Jésus-Christ au monde.