"Préparer la table"

Les événements récents des pensionnats ont suscité en nous des questions concernant les communautés autochtones et leurs besoins. Nous proposons une entrevue avec Christine Jones qui travaille de près avec les communautés des Premières Nations en C.B.
Marta Zaknoun

Pour commencer, pouvez-vous me parler un peu de votre implication dans les communautés autochtones où vous vous trouvez ? Que faites-vous ?

En ce moment, je travaille pour l'Association du Traité de Stó:lō. Les Stó:lō sont les Peuples de la rivière. Nous avons 24 Premières Nations qui sont des Stó:lō dans la vallée du Fraser et je travaille pour six d’entre elles qui s'efforcent à établir un accord d'autonomie gouvernementale. Ils sont en train de conclure des accords avec la Colombie-Britannique et le Canada, de sorte qu'ils deviendront autonomes, pleinement autonomes, d'ici un an environ. Ils affirment ce droit à l'autonomie, en d'autres termes : « Nous n'avons pas besoin de la permission de la Colombie-Britannique et du Canada pour être ce que nous avons toujours été, c'est-à-dire autonomes.» Notre groupe de nations adopte donc cette approche plus assumée du droit à l'autonomie gouvernementale. Et bien sûr, je suis également liée par le mariage à Jason, qui appartient au peuple Déné de Fort Nelson, dans le nord de la Colombie-Britannique. Ce qui est intéressant chez les Stó:lō, les Peuples de la Rivière pour lesquels je travaille actuellement - et ils font partie des peuples Salish de la Côte, et Jason, des Peuples Déné - c'est que leur rencontre avec le christianisme s'est faite par l'intermédiaire de l'Église catholique, et non des autres Églises protestantes, et en particulier par l'intermédiaire des Oblats. En fait, la première mention de Stó:lō dans la littérature historique se trouve dans les documents que les Oblats ont conservés sur leurs rencontres avec les peuples d'ici ; ils les appellent les « Peuples de la Rivière ». Il existe donc un lien étroit avec les Oblats ici, et je crois qu'il en va de même pour le pensionnat de Kamloops.

Donc, les communautés dont vous parlez, les Peuples de la Rivière, parce qu'ils ont rencontré les Oblats, ont-ils dû se convertir, ont-ils été convertis au catholicisme?


Oui, ils étaient convertis. Et une autre chose intéressante que j'ai observée personnellement au fil des ans, à la fois dans le cadre de mon travail, mais aussi dans ma relation avec Jason, sa famille et sa communauté, c'est que le lien avec l'Église était encore fort dans la génération de ses grands-parents. C'est vrai pour chacun d'entre nous, comme vous le savez, dans les cultures occidentales, il y a ce lien plus fort dans les générations plus âgées et ce n'est pas nécessairement le cas avec nos milléniaux ou la génération Z. Mais la grand-mère de Jason, jusqu'à sa mort il y a quelques années, allait à la messe chaque jour. Ce lien avec l'Église semble avoir été brisé dans la génération des parents de Jason. Ainsi, les septuagénaires ne semblent plus avoir le même lien avec l'Église que leurs parents.
Ce lien est donc certainement fragilisé pour un certain nombre de raisons, et maintenant, bien sûr, il est compromis par ce souvenir historique du traumatisme, qui est très réel, et que les gens vivent encore.

Et donc, le traumatisme lié aux pensionnats a également contribué à cette dégradation de la relation ?

Oui, en fait, pendant la cérémonie que nous avons eue au travail jeudi, qui était un rituel traditionnel de guérison pour se souvenir des 215 vies qui comptaient comme ils l'ont dit, les chefs pour lesquels je travaille, ils ont tous donné des témoignages et chacun d'entre eux était très émouvant parce que chacun d'entre eux a décrit comment un parent ou un frère plus âgé était en fait, comme ils l'ont dit, « des survivants des pensionnats », et en particulier d'un pensionnat proche d'ici appelé St. Mary's à Mission, qui était également dirigé par les Oblats de Marie. J'ai été très émue de les entendre donner des témoignages très personnels, quelque chose de similaire à ce que nous faisons lorsque nous avons une rencontre ou un événement. Quand nous avons des gens qui parlent de leur expérience. C'était assez émouvant d'entendre comment ce traumatisme intergénérationnel est très réel. Dans un des témoignages, l'un des chefs a raconté comment son père, qui était au pensionnat de Saint Mary's, a lutté contre l'alcoolisme pour le reste de sa vie et a finalement abandonné sa famille. Et bien sûr, tous ces traumatismes sont une réponse très courante au fait d'avoir été arrachés à leur famille dans de nombreux cas. J'avais un ami prêtre qui était un Ojibwe de l'Ontario et qui est décédé récemment. Il a été séparé de sa famille à l'âge de cinq ans, avec ses frères, et il se souvient d'avoir regardé par la fenêtre arrière de son véhicule et d'avoir vu sa mère et son père s'éloigner, il ne les a pas revus pendant des années.
J'ai été très émue quand il m'a raconté cela. La façon dont ils ont géré le traumatisme était la dépendance à l'alcool, car la plupart de sa famille est devenue alcoolique et beaucoup d'entre eux sont morts à cause de leur alcoolisme.
Ce prêtre, le père Milton Maquach, est lui aussi devenu alcoolique, mais il a vécu une expérience de conversion très profonde à l'âge de 30 ans et il est devenu prêtre catholique. Ce qui était une histoire de miracle étant donné le traumatisme et l'expérience de l'Église. Mais le lien avec Jésus était plus puissant que tout ce que les humains ont fait ou pourraient faire pour le détruire.

Il est évident que nous avons tous été choqués par ce qui a été découvert à Kamloops, mais ce n'est pas vraiment une surprise - les gens en ont parlé et des rapports l'ont documenté. Et nous savons ces choses, vous avez déjà partagé un peu des témoignages que vous avez entendus, mais je voulais vous demander si vous pouviez partager : Comment cela s'est passé pour la communauté autochtone? Vous avez dit que vous avez eu un rituel de guérison. Avez-vous eu la chance d'avoir des conversations personnelles avec certains d'entre eux ?

Vous savez, ce qui est intéressant, ce qui me frappe toujours, c'est que j'ai lu tout ce que je pouvais sur la situation dans les médias traditionnels et dans les médias alternatifs et ce qui me frappe, c'est que lorsque vous travaillez avec les gens, il n'y a pas d'acrimonie. Il n'y a pas de ressentiment. Je dirais même qu'il n'y a pas de colère. Je n'ai entendu personne se lever et parler négativement de l'Église ou du christianisme, et certainement pas de Jésus, auquel je suppose que beaucoup d'entre eux croient encore, même s'ils ne sont aucunement de façon officielle liés à l'Église.
Mais ils expriment simplement leur douleur. Cela fait resurgir le traumatisme, car pour beaucoup de ces personnes - nous avons eu une survivante du pensionnat lors de notre cérémonie de jeudi, et elle a été honorée d'une manière particulière. Mais la seule chose qui ressort vraiment, c'est la douleur de cette expérience. Il ne s'agit même pas de blâmer les gens ou d'en faire des boucs émissaires ; il s'agit simplement de savoir quel genre d'effet ce traumatisme a eu sur eux et sur leurs familles et qui réapparaît dans une situation comme celle-ci.
Je veux dire que je n'ai même pas entendu les gens spéculer à ce sujet ; je veux dire, nous ne savons toujours pas avec certitude comment ces enfants sont morts, et je n'ai même pas entendu les gens spéculer à ce sujet. Je n'ai rien entendu de tout cela. Tout ce que j'ai entendu, c'est le traumatisme qui a refait surface et qui réapparaît de manière intempestive.

C'est intéressant, Il semble que nous soyons plus tentés à pointer du doigt au lieu de comprendre, d'approfondir les faits, d'assumer nos actes [et notre] responsabilité, ce qui est quelque chose de différent.
Il y a beaucoup de déclarations et d'articles intéressants qui expriment un chagrin, une déception et une douleur profonds et sincères pour cette histoire ; en même temps en tant que catholiques, nous devons être davantage mis au défi et aborder et regarder cela à un niveau plus profond, en particulier lorsque nous pensons à des excuses. Sur la base de votre expérience de partage de la vie avec les communautés autochtones, quelle est la manière la plus sincère de vivre et de partager leur douleur?


Oui, c'est une excellente question et j'y ai beaucoup réfléchi. Ces deux dernières semaines et ensuite, en particulier depuis que vous m'avez contactée, j'ai été vraiment frappée par la question sur les excuses, par exemple l'archevêque Miller a fait ce qu'il fallait en présentant des excuses aux gouvernements des Premières Nations et aux communautés autochtones. Je lui suis reconnaissante de l'avoir fait. Pour autant que je sache, il est l'un des rares évêques à l'avoir fait ; mais, comme un de mes bons amis me l'a fait remarquer, le seul problème avec les excuses officielles de ce genre, c'est qu'elles semblent s'adresser davantage aux médias qu'aux gouvernements des Premières nations et aux communautés autochtones qui en sont les destinataires officiels. Beaucoup de membres des Premières Nations eux-mêmes n'ont aucune idée que de telles excuses ont été présentées. Ils ne sont pas pris dans la bureaucratie et le formalisme comme beaucoup d'entre nous le sont. La lettre décrit « cinq étapes », comme si le fait de suivre ces « cinq étapes » de facture bureaucratique allait faire le travail de guérison.
Je pense que le geste serait plus efficace si ceux qui présentent des excuses les présentaient en personne aux personnes ou aux représentants des personnes auxquelles elles sont adressées. Cette attention portée aux personnes est importante lorsque nous essayons de jeter des ponts avec les autochtones. Ces derniers accordent de l'importance aux gestes humains significatifs. Leurs pratiques culturelles consistent à « mettre la table » pour résoudre les conflits ou supprimer les tensions, et les rencontres en personne sont particulièrement importantes.

Je veux dire, je pense que le Pape devrait s'excuser. Je pense que nous devrions nous excuser. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous excuser ? Mais ces excuses sont symptomatiques de notre approche plus générale, elles sont médiatisées.
J'ai parlé aux collègues de travail, et personne n'est au courant de ces excuses et, pour moi, c'est significatif parce que nous ne pouvons pas nous excuser de cette manière très « bureaucratique occidentale».
Nous avons juste tendance à penser de manière très, par manque d'un meilleur mot, rationnelle sur ces questions : « OK, ça va être résolu si nous suivons ces cinq étapes vers la guérison. » D'après mes expériences de travail avec les peuples des Premières nations, puis avec la famille de Jason et sa famille élargie, c'est très simple : ils apprécient vraiment le lien humain personnel. C'est vital. En fait, je pense que des excuses formelles, c'est-à-dire des excuses officielles qui sont plutôt destinées aux médias et sous forme de communiqué de presse, n'auront aucun effet.
Parce que les gens, à travers leurs propres pratiques culturelles, valorisent vraiment ce qu'ils appellent « Mettre la table ». Avec les personnes avec lesquelles je travaille, si vous avez un problème avec quelqu'un, si vous avez une dispute avec quelqu'un, s'il y a des tensions au travail, nous « mettons la table » et vous vous assoyez avec la personne, et vous avez une rencontre face à face très humaine. C'est ce qui nous manque. C'est ce que nous devons faire, car nous pouvons présenter toutes sortes d'excuses officielles et décrire les étapes de la guérison, mais nous ne pouvons pas préprogrammer ces étapes, en particulier lorsque la première et la plus vitale des choses est vraiment d'avoir une relation humaine. Comme pour chacun d'entre nous, si nous avons été traumatisés par quelqu'un, ou même par l'institution de l'Église, c'est vraiment à ce niveau personnel que nous commençons à guérir.
Je parlais au Grand Chef Stevens Point, un ancien très respecté dans notre communauté, et je sais que sa famille était historiquement catholique. Je ne sais pas quel type de relation ils peuvent avoir ou non avec l'Église catholique aujourd'hui. Mais quand je lui ai parlé, j'ai été vraiment frappé par sa réponse très simple et sincère quand il a dit : "Nous ne pouvons pas présenter d'excuses et nous ne pouvons même pas avoir la vérité et la réconciliation que la Commission vérité et réconciliation a demandées, si nous n'avons pas ce désir humain de dire la vérité".
Nous ne pouvons pas avoir de réconciliation, en d'autres termes, sans la vérité, donc nous ne devons pas avoir peur de la vérité ou de dire la vérité, car pour nous tous, nous avons le même cœur. Nous avons besoin de la vérité pour nous réconcilier, même si c'est quelque chose que nous saisissons ou que nous ne comprenons pas complètement. La vérité, c'est quelque chose. Parfois, nous devons passer du temps à essayer vraiment de la découvrir et de la réaliser, mais nous devons le faire. Nous devons être prêts à dire la vérité, à la dire, pour arriver à ce point de guérison et de réconciliation. De son point de vue, (le point de vue du Grand Chef), il parlait de la vérité que nous devons obtenir des archives historiques, car les Oblats ou les ordres religieux des différents pensionnats ont conservé des archives. Donc, il y a ce sentiment d'urgence que nous devons comprendre la vérité sur ce qui s'est passé.

J'écoutais une entrevue avec le cardinal Czerny, qui est originaire d'Edmonton, et il disait que si nous voulons présenter des excuses, il faut le faire de la bonne manière et au bon moment, et nous devons être prêts à passer de la parole aux actes.
Je me demande si l'on peut présenter des excuses sincères sans examiner les faits et ressentir une véritable contrition. Ce que vous dites, c'est que nous rationalisons et pensons à nos excuses en nos termes plutôt qu'en ceux des personnes qui en ont besoin, selon leur perspective, leur language, leur expérience, leur traumatisme.


Exactement, ce qui est une tendance très humaine et compréhensible. C'est ce qui me frappe lorsque je lis les différents reportages ou même les lettres d'excuses, dont je suis reconnaissante, mais vous savez ou les étapes à franchir, nous devons nous demander : Y a-t-il eu une discussion avec les communautés autochtones qui ont été touchées ? Une discussion avec elles sur les étapes qu'elles aimeraient franchir ? Je ne pense pas qu'il y en ait eu. Mais d'après ce que j'ai compris, en travaillant avec le peuple Stó:lō, j'ai compris que nous devons vraiment découvrir quel serait leur désir d'aller de l'avant avec des excuses et la découverte de la vérité sur ce qui s'est passé, il est très important pour les peuples autochtones d'avoir un cercle de guérison ou de discussion. Ou encore, mettre la table et ces cérémonies, et nous leur tendons la main et nous leur demandons :
« Pouvons-nous participer à quelque chose comme ça avec vous? Que voulez-vous que nous fassions ? Comment voudriez-vous que nous commencions ce travail que nous devons faire pour aider le processus de guérison ? » Je pense que nous obtiendrions des réponses très différentes de celles d'un communiqué de presse destiné aux médias traditionnels.

C'est quelque chose qui me frappe dans mon travail avec les autochtones, j'ai toujours pensé que, d'une part, en gardant à l'esprit mon expérience du Mouvement, c'est ce qui se rapproche le plus de l'expérience du principe catholique, du principe social de subsidiarité, où vous avez un gouvernement local ou un gouvernement au niveau le plus local, et vous savez que vous solutionnez les problèmes politiques d'abord au niveau le plus local de la communauté.
Nous voyons une tentative de répondre aux besoins de la communauté, vous savez, quelqu'un dans la communauté a un besoin particulier au niveau local. C'est incroyable de travailler pour les communautés des Premières Nations qui cherchent à obtenir l'autonomie gouvernementale, parce que tout découle de la communauté, pour qu'elle prenne ses responsabilités. Par exemple, les services à l'enfance et à la famille. C'est la première compétence que nous examinons vraiment de très près. Comment pouvons-nous assumer l'entière responsabilité des enfants ? Vous savez que tant d'enfants autochtones sont en familles d’accueil. Je veux dire des statistiques que vous pourriez consulter et que je pourrais trouver et citer plus précisément pour vous. Les hommes autochtones représentent 4 à 5 % de la population, mais ils constituent 35 % des personnes incarcérées dans nos systèmes pénitenciers. C'est la même chose avec la prostitution de rue à Vancouver. 40 % des femmes qui se prostituent dans la rue à Vancouver sont autochtones, mais elles représentent 4 à 5 % de la population.
C'est aussi la raison pour laquelle je suis si passionnée et engagée à aider et à faire ma petite part dans ce travail de processus de traité ou de progression vers l'autonomie gouvernementale. C'est au niveau local de la communauté que je pense que ces problèmes peuvent être résolus le plus efficacement, et cela implique toujours une réelle attention aux personnes et à leurs besoins spécifiques. Nous devons donc aborder ces questions à ce même niveau, celui des rencontres face à face les plus simples.

Pour certaines personnes, le traumatisme des pensionnats a engendré un cycle de problèmes ; l'alcoolisme et la drogue font partie de ce cycle et cela nécessite un long processus de guérison. Comment les gens peuvent-ils rompre avec ce cycle de traumatisme intergénérationnel ?

C’est justement mon expérience, même en observant ce genre de traumatisme intergénérationnel dans la famille de Jason. Le péché est toujours personnel avant tout. Ce sont des choses que nous faisons, des actes que nous posons, mais cela devient ce que Saint Jean Paul II a appelé « structurel ». Il y a des structures de péché. Et vous ne pouvez pas vraiment le nier quand vous regardez des choses comme les statistiques concernant le nombre d'hommes autochtones incarcérés au Canada et le nombre de femmes autochtones disparues et assassinées, qui sont également impliquées dans le réseau de la toxicomanie et de la prostitution. Beaucoup ont fui des familles abusives et sont donc victimes d'abus. Je connais de nombreuses personnes, tant de personnes qui ont été abusées sexuellement par des prêtres et dans les communautés autochtones et dans les générations plus anciennes, qui, pour masquer la douleur, ont recours à la drogue ou l'alcoolisme, et ensuite, bien sûr, tous les traumatismes ont eu des effets au sein de la famille.
Je pense que c'est un énorme problème de surmonter ce type de traumatisme intergénérationnel. Je le vois maintenant dans mon travail ici dans les communautés de Stó:lō. J'ai des membres du personnel que j'aime beaucoup. J'aime toutes les personnes avec lesquelles je travaille. Tous souffrent de l'effet très courant du suicide dans leur famille. C'est un très gros problème et l'une de mes collègues a subi quelques suicides dans sa famille juste au cours des deux dernières années. Il s'agit donc d'une blessure terrible, d'un traumatisme intergénérationnel, et encore une fois, je n'ai pas toutes les réponses quant à la façon dont nous pouvons aider à résoudre ces choses. Je sais que les gens eux-mêmes sont conscients de la nécessité de dire « OK, ça s'arrête ici avec nous. Cela s'arrête avec cette génération », mais c'est un gros travail à faire, et cela nécessite beaucoup de soutien. Pour moi, c'est l'une des raisons pour lesquelles mon travail est si significatif, c'est que nous pouvons observer les nations de Kennedy qui sont des nations post-traités, en d'autres termes qui sont maintenant autonomes. Par exemple, ici en Colombie-Britannique, vous pouvez regarder quelque chose comme l'indice de bien-être communautaire du gouvernement canadien et nous pouvons démontrer que lorsque les gens peuvent prendre le contrôle de leur propre vie et gouverner au sein de leurs propres communautés selon leurs pratiques et leurs méthodes traditionnelles - par exemple, dans l'éducation, dans le salaire par ménage, dans les conditions de vie (combien de pièces dans la maison), et ce genre de choses - tous ces éléments s'améliorent dans l'indice de bien-être communautaire au fil des ans après le traité, ou lorsque ces nations deviennent autonomes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problèmes ou de défis. Bien sûr, il y en a, mais cela aide vraiment les gens qui en sont victimes à retrouver le respect de soi.
Et bien sûr, si vous avez à l'esprit la Loi sur les Indiens et les terribles pratiques discriminatoires coloniales qui ont eu d'énormes effets sur leur mode de vie, c'est un bon premier pas. Ces choses sont concrètes et aident.

À un niveau plus personnel, je suppose qu'en tant que membre de l'Église catholique, il est facile pour nous, en tant que catholiques individuels, de dire simplement «l'Église devrait s'excuser». Mais alors nous ressentons de la tristesse pour ce qui s'est passé, bien que ce soit éloigné dans le temps de nous, mais comment, en tant que laïcs dans nos vies quotidiennes, pouvons-nous rester face à ces faits ?


C'est une question profonde et pour moi, je pense, comme vous, qu'elle vient de ma propre foi. Il s'agit simplement de toujours, vous savez, même en tenant compte de nos propres défauts ou péchés, de toujours essayer à nouveau de chercher ce qui est vrai et de ne pas vraiment avoir mes défenses levées dans le sens où vous savez, je n'ai rien à défendre. Il fut un temps où je me sentais très sur la défensive. J'entendais toutes les églises être fortement critiquées et je me disais : « Ok, il y avait tellement de bons hommes et de bonnes femmes qui faisaient du bon travail, qu'en est-il d'eux ? » Tout cela est vrai, mais je n'ai pas vraiment besoin d'essayer de défendre l'Église. Je veux dire que nous sommes l'Église. L'Église n'est pas quelque chose d'extérieur à nous, d'extrinsèque à nous. Elle est nous. Alors, avons-nous quelque chose à défendre si nous sommes en face de quelqu'un qui nous dit : « Tu m'as fait mal » ? Eh bien parfois oui, c'est notre position par défaut d'essayer de nous défendre, mais quand nous pouvons dépasser cela et dire, eh bien, vous savez, je n'ai rien à défendre, et avoir cette vraie conversation avec quelqu'un, avec le Christ en face de nous. Sachant, vous savez, qu'il est le lieu, il est la Vérité, il est le chemin, alors nous pouvons nous désarmer et essayer d'avoir ces conversations, même si nous le faisons imparfaitement. Et nous échouons toujours. Mais nous pouvons nous relever et essayer.
Puis nous pouvons apprendre par notre expérience que quelque chose n'était pas aussi sensible qu'il aurait dû l'être, ou que nous n'avons pas considéré tous les facteurs en jeu. Je veux dire, c'est quelque chose qui me fait penser à Giussani dans Le sens religieux, quand il dit qu'il faut regarder la totalité des facteurs. Ce n'est pas toujours facile à faire, mais au fur et à mesure que vous essayez de le faire, de plus en plus de choses deviennent claires. On peut voir davantage de facteurs en jeu, pourvu que l'on s'efforce de parvenir à une compréhension ou à une conscience plus complète de ce que sont ces questions avec un cœur sincère.
Je pense que vous découvrirez que lorsque vous parlez à des gens comme David Frank, et c'est certainement mon expérience, ce sont des gens comme nous. Ils ont le même cœur, ils veulent juste que nous soyons leurs amis. Ils veulent qu'on les écoute. Ils veulent raconter leur histoire. Lorsque vous racontez une histoire, vous voulez que quelqu'un l'écoute, qu'il essaie vraiment de la comprendre, de comprendre votre expérience et qu'il apprenne de vous.

Intéressant votre point sur le fait de nous désarmer. Le Christ sauve tout, alors nous pouvons regarder les choses sans crainte.

C'est tellement vrai, et cela me fait penser au père Milton, décédé il y a quatre ans. C'était un prêtre Ojibwe. C'est le prêtre qui a célébré la cérémonie de mariage pour Jason et moi. Quand je pense à ce qui lui est arrivé, à la séparation de sa famille, à la dévastation de sa famille, à l'alcoolisme dont sont morts la plupart de ses frères et sœurs, puis à cette incroyable expérience de conversion dans la trentaine et au fait qu'il est devenu prêtre, certaines personnes trouvent son histoire incompréhensible.
Comment pouvez-vous être prêtre dans l'Église qui vous a fait tout cela ? Mais son histoire elle-même est incroyable, un témoignage de ce que vous venez de dire, que ce n'est pas nous. Je veux dire que tout ce que nous avons à faire est d'être disposés à essayer de voir chaque jour ce que le Christ propose, parce que ce n'est pas nous qui guérissons l'Église. Il le fera avec nous comme ses bras, ses jambes et ses yeux.

Face à tout problème social, mais surtout aux conversations autour de cette question très douloureuse, il est très facile de se laisser entraîner par les positions ou les courants politiques prédominants. Comment pouvons-nous aborder cette question sans avoir à nous aligner sur une idée ou une histoire préétablie ? Lorsque nous devons comprendre la vérité et prêter attention aux communautés autochtones, où devons-nous regarder ? Qui devrions-nous écouter ?


C'est une excellente question. Je pense qu'encore une fois, du point de vue des Premières Nations, des gens comme ceux avec qui je travaille, il est important pour eux qu'il y ait des tentatives politiques comme la Commission Vérité et Réconciliation ou quelque chose comme l'UNDRIP (Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones). On peut donc espérer qu'il y a une façon de voir le bien que l'on peut trouver dans ces tentatives - le point de départ est de voir comment, et elles sont importantes pour les peuples autochtones qui cherchent à obtenir l'autonomie gouvernementale. Ces gestes politiques dans lesquels ils sont eux-mêmes impliqués et qu'ils souhaitent faire progresser.
Mais ce n'est toujours qu'un point de départ et je pense qu'il faut toujours faire preuve de flexibilité pour voir ce qui fonctionne pour les peuples avec lesquels nous travaillons, car les besoins sont différents partout. Et toujours où il est possible d'avoir cette simple rencontre en face à face. Je veux dire que nous pensons toujours que ces choses doivent être résolues par une grande politique, [mais] une rencontre et une relation personnelles sont essentielles.