Grande École: Le don de l'amitié

La "Grande École" est un lieu de rencontre pour les élèves de la communauté canadienne de secondaire, bien que les participants soit dans deux villes différentes, une amitié naturelle continue de fleurir au milieu du confinement de la pandémie.
Claire Vouk et Amy Knaus

La "Grande École" est un lieu de rencontre pour les élèves de la communauté canadienne de secondaire 1 à 3, afin de former un lieu de partage et d’amitié libre, informé par le charisme du Père Giussani.

Montréal : Notre besoin d'être accompagné
À Montréal, la Grande École existe depuis plusieurs années. Quelques fois par mois, les étudiants et les adultes responsables du groupe se réunissent pour participer à une activité quelconque. Parfois c’était une sortie au cinéma, une visite au musée, des jeux, des activités d'artisanat et des œuvres de bienfaisance. Cecilia, qui aide à diriger la Grande École de Montréal, décrit ces moments comme "des gestes simples, mais spéciaux qui mettent devant nous la beauté et la vérité, et qui nous font découvrir le véritable désir de notre cœur".

Le groupe de la Grande École de Montréal participe également à un petit voyage d'un week-end à Chertsey, au Québec, pour passer du temps avec une congrégation de religieuses au Monastère Sainte Marie Reine des Coeurs. Un étudiant a fait remarquer : « Je pense que c'est au cours de ces voyages que nous apprenons le plus à nous connaître et que nous nouons les liens d’amitié les plus solides ». Tony, un des adultes qui aide à la Grande École de Montréal, se souvient : « Ces voyages [...] étaient des gestes très simples et c'est étonnant de voir à quel point ils ont été émus par le simple fait de rester tous ensemble. Je me souviens même d’étudiants, par le passé, qui ont été tellement marqués par les religieuses qu'ils sont rentrés chez eux et leurs parents ont dit qu'ils avaient vécu quelque chose de formidable ».

Cependant, face à la pandémie liée au coronavirus, les activités de la Grande École ont dû prendre une nouvelle forme. Alors que les rassemblements en personne se sont transformés en appels-conférence sur Zoom, les étudiants ont exprimé le désir de se voir plus souvent, et le groupe a commencé à se réunir quotidiennement pendant les premières semaines de la quarantaine. Selon Cecilia, « cela démontre leur besoin d'être accompagnés dans des moments aussi troublants ».

Pendant les réunions informelles, les étudiants ont partagé de manière libre des choses avec le groupe comme des chansons pop qu'ils aimaient, un texte sur lequel ils travaillaient, une pièce de piano qu'ils apprenaient ou des photos qu'ils avaient prises. Suite à l’assassinat de George Floyd à Minneapolis en mai, les étudiants ont exprimé un besoin de discuter des questions liées à l'injustice raciale, ce qui a conduit à des discussions centrées sur ce sujet pendant quelques semaines, alimentées par des articles de journaux, des vidéos et sur le partage d'expériences personnelles. Au fil du temps, ces appels Zoom sont devenus un lieu où les étudiants et les adultes pouvaient partager, de plus en plus librement, leurs questions et leurs passions, et les regarder de plus près avec leurs amis. Comme l'a exprimé un étudiant de la communauté de Montréal, « j'aime vraiment partager de beaux moments avec des gens qui ont des valeurs semblables aux miennes [...] où chacun peut partager son point de vue sans jamais être jugé ».



Toronto : Le début d'une amitié naturelle

L'histoire de la Grande École de Toronto a commencé avec l'un des enfants de la communauté qui a exprimé son désir de rester avec ses amies comme elles le font pendant les vacances d'été de CL. Son père, Paolo, a donc demandé à quelques-uns de ses amis s'ils pouvaient assumer la responsabilité du groupe, et c’est ainsi qu’Anthony et Adam ont accepté. La Grande École de Toronto a commencé à se réunir sur Zoom une fois par semaine, pour apprendre à se connaître, pour partager des choses qu'ils trouvaient intéressantes et pour jouer à des jeux.

Amy, dont le mari Anthony est un des responsables du groupe de Toronto, n'avait pas l'intention de participer aux réunions de la Grande École. Toutefois, pendant la semaine de la première réunion, en plein milieu de la quarantaine imposée par la pandémie, elle a changé d'avis. Elle s’est dit : « Pourquoi pas ? ». Amy explique: « j'avais besoin de voir le visage d’un ami et surtout d’être accompagnée ». Amy a commencé à participer régulièrement aux appels, après avoir réalisé : « Je voulais vraiment être avec ces enfants, j'avais de plus en plus d'affection pour chacun d'eux et leurs questions ».

Bien que les adultes responsables se soient parfois sentis « incertains ou perdus » face à cette responsabilité que représentait la direction de ce nouveau groupe, ils ont été surpris de constater qu'une « amitié naturelle » commençait à se former entre les participants. Amy a été particulièrement frappée par la contribution d'une étudiante alors qu'ils discutaient de ce dont ils avaient hâte lorsque les choses reviendraient « à la normale ». L’étudiante a exprimé qu’elle était excitée « de voir mes amis en personne - y compris vous tous ». « Après quelques semaines passées ensemble sur Zoom, elle a reconnu que ces personnes, qu'elle n'avait pour la plupart jamais rencontrées auparavant, étaient ses amis », explique Amy. « Cela nous a incités, nous les adultes, à reconnaître qu'il se passait quelque chose d'intéressant, indépendamment de notre question à savoir si nous faisions bien les choses en tant que responsables ».

L'expérience de la Grande École de Toronto a également touché les personnes qui n'assistaient pas aux réunions, en particulier les parents de certains des étudiants. Laura, dont la fille participe à la Grande École, raconte comment cette expérience l'a rendue plus consciente d'être une fille du Père :

« À partir du mois de mars, alors que les mesures de confinement les plus strictes étaient mises en place, la Grande École a été proposée aux étudiants ici à Toronto. Ma fille chérissait ces moments en ligne et protégeait son espace spécial pour être avec ses pairs et ses "amis adultes". Alors qu'une de mes amies se plaignait récemment de la façon dont sa propre fille avait vécu la quarantaine, j'ai partagé que la Grande École était devenue un point d'ancrage pour ma fille. Je lui ai aussi expliqué comment cela avait changé ma propre expérience en tant que mère. En voyant comment ces adultes regardaient ma fille et comment ils prenaient au sérieux ses désirs, ses craintes, son destin tout entier - cela m'a aidé à prendre plus au sérieux mon propre besoin de conversion. De voir comment ils tentent de lui communiquer de qui sa vie dépend vraiment, est un rappel pour moi de faire mémoire du Père. J’en suis reconnaissante ».


Recommencer à zéro
En septembre, alors que la vie était en quelque sorte « revenue à la normale » et que la plupart des étudiants étaient retournés à l'école, Amy a envoyé un courriel aux membres de la Grande École de Montréal avec une simple proposition. Elle voulait savoir si les deux communautés aimeraient participer à une journée de début d’année, en partageant un moment ensemble sur Zoom.

Les conférences téléphoniques qui ont suivi entre les responsables auraient pu être de simples « réunions de planification » centrées sur des questions de logistique. Toutefois, menés par une provocation de Cecilia selon laquelle « ce que nous proposons aux enfants ne sera pas adéquat pour eux à moins qu'il ne le soit aussi pour nous », les appels sont devenus des moments où le groupe a pu poser des questions essentielles : « Pourquoi participons-nous à la Grande École ? » et « Avons-nous quelque chose qui mérite vraiment d'être partagé avec ces étudiants? ». Selon Amy, les réunions « nous ont énormément aidés, en ce sens qu'elles nous ont montré que nous n'étions pas seuls dans ce travail, et que c'était quelque chose pour nous aussi ».

En réponse à l'incertitude des circonstances actuelles, le thème du Jour du Début d’année est venu de la chanson de Claudio Chieffo, Ma Non Avere Paura : « N'aie pas peur, ne t'arrête jamais / Parce que mon amour est fidèle et ne fini jamais ». Le geste était simple et beau : les étudiants ont partagé ce qu'ils avaient fait pendant l'été, ils ont écouté un témoignage de Paula, une amie de la communauté, et ont joué à un jeu.

Pour les étudiants comme pour les adultes, la journée de début d’année a permis de renouveler l'enthousiasme et l'émerveillement devant l’amitié de la Grande École. Les étudiants étaient reconnaissants d’avoir eu l’opportunité de rencontrer les membres de l'autre communauté, mais ils étaient aussi reconnaissants de voir que leur amitié faisait partie d'une amitié plus grande encore. Les adultes ont été émus par la joie et le souci du détail que les élèves ont mis dans leurs présentations, beaucoup d'entre eux ayant apporté de belles photos à partager avec le groupe. Cela démontrait que la Grande École est un endroit qui attire les étudiants, indépendamment du fait que les activités soient toujours parfaitement planifiées ou non, ou que les adultes disent toujours exactement ce qu'il fallait. Amy l'exprime de manière concise mais profonde : « Ce n’est pas moi qui aie fait en sorte que tout cela arrive! ».

Alors que la Grande École continue de se réunir virtuellement, la camaraderie continue de porter des fruits inattendus pour toutes les personnes impliquées. Tom, qui aide avec le groupe de Montréal, dit que cela a changé sa façon d'envisager son travail d'enseignant : « L'humanité de mes élèves ressort chaque jour, mais je ne l'observe pas nécessairement en action. Avec les enfants de la Grande École, je me rappelle sans cesse que le cœur de mes élèves est le même que celui de ces enfants. Ainsi, de les voir le samedi après-midi me donne envie de regarder mes élèves avec la même attention pendant ma semaine. [...] Essentiellement, ce qui m'est promis à la Grande École me l'est aussi à l'école ».

Les groupes de la Grande École de Montréal et de Toronto prévoient se réunir tout au long du mois de décembre afin de s'accompagner mutuellement pendant la saison de l'Avent. Dans une chaîne de courriels discutant des détails des prochaines réunions, Tony a ramené le groupe de responsables à l'essentiel: « Essayons de rester attentifs à cette simplicité que ces jeunes voient dans notre amitié partagée. Et souvenez-vous du merveilleux cadeau qu'on nous a fait en nous demandant de les accompagner ».