L'aviateur: Un aperçu du détachement et d'un amour plus grand

Alfie partage son expérience de l'Art à travers le prisme du roman russe d'Eugene Vodolazkin, l'Aviateur (2018).
Alfie

Un homme se réveille sans mémoire dans un hôpital moderne. Son médecin l’encourage à rédiger ses pensées éparpillées qui lui reviennent graduellement et il inclut son sobriquet d’affection: Innokenty, dont l’origine est dérivée du mot innocence. Les entrées dans son journal personnel constituent le parcours du roman, en commençant avec ses premiers souvenirs de la Révolution russe. Rédiger une synthèse de l’histoire réduirait la possibilité de découvrir les vignettes de tendresse humaine dissimulées, puisque la structure elliptique du texte ne fait que graduellement révéler les discrètes instances de sagesse dans sa vie. Les pensées d’Innokenty traitent autant du sens de la mémoire que de la valeur d’une histoire individuelle au sein des tourmentes de la révolution, elles évoquent également ses découvertes que l’Amour est plus fort que la Justice.

Ce jugement,que l’Amour est plus grand que la Justice, prend une forme dramatique lorsque Innokenty compose un portrait au fusain de l'homme responsable de la souffrance dans sa vie et de celle de ses proches; un homme intrinsèquement lié à la peine de prison d’Innokenty dans un camp de travail russe sur les îles Solovetsky, un homme qu' il a toutes les raisons de détester. Un personnage, voyant l'œuvre d'art pour la première fois, remarque que « le dessin libère [l'homme], le délivre de son horrible rôle de ver, [car] hier encore, je le détestais mais je lui ai pardonné après ce portrait ».

Quel point de vue permet à Innokenty de dessiner le coupable d'une manière qui le rachète?qui lui permet de ressentir une affection et une tendresse pour lui; à partir de quel point de vue devient-il possible de comprendre clairement la vérité d'une personne et de l'aimer pour elle-même?

Pendant la pandémie en cours, une amie proche m’a encouragée à me mettre au dessin. Lorsque j’ai commencé à étudier comment dessiner, j’ai appris que l'on n'est pas peu doué en dessin à cause d’une absence de talent, mais plutôt à cause d’une incapacité à regarder correctement l'objet tel qu'il apparaît. À la recherche d'un sujet, j'ai commencé à dessiner les visages d'amis dans leur situation, en gardant en tête leur vie et la réalité plus profonde des choses, leur destin: le Mystère.

Connaître quelqu'un ou être connu à ce degré totalisant. Cela me rappela ce verset d'Isaïe, qui écrivait du Mystère qui nous tient avec une telle intimité: « […]je ne t’oublierai pas. Car je t'ai gravé sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant mes yeux ». Pour que chacun soit connu à tel point lorsqu’il accède à l’être: « C'est toi qui as formé mes reins, Qui m'as tissé dans le sein de ma mère/[...] Lorsque j'ai été fait dans un lieu secret, Tissé dans les profondeurs de la terre/Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient. »

Vers la fin du roman, on demande à Innokenty pourquoi il écrit: « si chaque personne décrivait sa propre tranche de ce monde [le monde de Dieu], même si elle est petite […] vous pourrez toujours trouver quelqu'un dont le champ de vision est assez large », se référant finalement à « un aviateur ». Il y a cinq ans, un ami m'a demandé ce que signifie aimer quelqu'un. En examinant et en affirmant mon appartenance à l'Église à travers le Mouvement, quelque chose prend racine en moi, une conscience grandissante de ce que l'Église propose pour tous. Que toute vraie réponse à cette question ne commence qu'en regardant les autres à partir de cette position plus originale, du point de vue d'un aviateur.